RÉSEAU QUÉBÉCOIS
SUR L’INTÉGRATION CONTINENTALE

Libre-échange : tout pour rendre craintif le monde agricole

samedi 23 août 2014 par Pierre-Yves

Article de Yves Therrien, dans Le Soleil du 22 août 2014, à l’occasion du Forum sur les enjeux et l’avenir de l’agriculture qui se tenait à Montmagny

http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/agro-alimentaire/201408/21/01-4793646-libre-echange-tout-pour-rendre-craintif-le-monde-agricole.php

(Montmagny) Les appréhensions sont grandes dans le monde agricole au sujet de l’entente de libre-échange avec l’Europe et de l’entente transpacifique. Elles grugent petit à petit le système de gestion de l’offre dans le système québécois.

Ce qui dérange, c’est le mutisme du gouvernement fédéral sur les détails qui concernent les entreprises agricoles à tous les niveaux, les quotas d’importation et les compensations promises par Ottawa aux agriculteurs.

Personne ne parle, aucun détail ne filtre des négociations toujours en cours, il y a tout pour rendre craintif le monde agricole, déjà inquiet de voir son système de gestion pris à partie une fois de plus, disaient presque à l’unisson les quatre conférenciers au forum sur les enjeux et l’avenir de l’agriculture qui se tenait jeudi à Montmagny à l’ouverture de l’exposition agricole provinciale.

Le président de l’UPA, Marcel Groleau, que le journaliste spécialisé en agriculture, Lionel Levac, le fromager Pascal-André Bisson, de l’entreprise Le Mouton blanc, comme le directeur général du Fonds d’investissement de la relève agricole, Paul Lecomte, avaient la même ligne de pensée : pour que les produits agroalimentaires européens se taillent une place au Québec, il faudra que des produits québécois soient mis de côté.

Selon eux, à moyen terme, c’est l’industrie du fromage, notamment les fromages fins, qui écopera. Par extension, l’industrie laitière sera touchée. « On ne peut pas faire manger des milliers de livres de fromage en plus aux Québécois, sans tasser nos produits, soutient le fromager Pierre-André Bisson. En ayant plus d’appellations contrôlées, si Aliments du Québec était moins frileux, on pourrait limiter les dégâts. »

« Il faut savoir qui détiendra les quotas d’importations des produits européens », lançait le journaliste Lionel Levac. Les grands consortiums qui décident de Toronto n’ont pas les mêmes intérêts que les décideurs du Québec. Pour lui, l’accord transpacifique est encore plus inquiétant avec des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis qui souhaitent un marché totalement libre, sans les contraintes de la gestion de l’offre qui fait le succès du modèle québécois.

Pour Marcel Groleau de l’UPA, le marché européen n’a pas besoin de l’agriculture canadienne pour que les gens mangent à leur faim. L’inverse étant aussi vrai de ce côté-ci de l’Atlantique. Du côté de la viande, que ce soit le porc ou le boeuf, les Européens ont des exigences qui ne favorisent pas les pratiques nord-américaines à cause de l’utilisation des hormones de croissance et de certains médicaments. Par contre, il admet que pour les autres types de commerces, l’ouverture sur un marché de 500 millions d’habitants a de quoi susciter l’intérêt.

Pour le financier Paul Lecomte, il faut s’interroger sur l’arbitrage dans les cas de litiges, car dans le cas du bois d’oeuvre, même en ayant des règles très claires, le Canada s’est fait bousculer.

L’accaparement des terres

Si l’accaparement des terres agricoles par les Chinois et les Coréens en Afrique et d’autres pays soulèvent des inquiétudes, il n’y a pas de quoi paniquer au Québec, estiment les conférenciers au forum sur les enjeux de l’agriculture. Des fonds d’investissement, de grandes institutions financières et des grandes entreprises achètent des lots à fort prix à cause des perspectives de rendement.

On ne peut pas empêcher la spéculation, mais les prix sont différents d’une région à l’autre. L’inquiétude vient davantage de la pression de l’étalement urbain et du dézonage dans les périphéries des agglomérations de Montréal et de Québec. Sans compter les taxes foncières qui donnent des maux de tête aux producteurs agricoles tout en réjouissant les spéculateurs.

Certains promoteurs utilisent la tactique de laisser les terres en friche plusieurs années pour demander un changement de vocation devant la Commission de la protection du territoire agricole afin de procéder au développement de projets résidentiels.

Cependant, parmi les moyens qui pourraient être mis en place, au lieu de contrôler les transactions pour favoriser l’achat par des agriculteurs, le gouvernement devrait prendre des mesures pour assurer la vocation agricole, estime-t-on, en forçant la location des terres à long terme à des jeunes qui voudraient assurer la relève en agriculture.



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